Ce soir, en rentrant tard du sport, j’ai croisé la route d’un mort, et mon premier réflexe a été de m’arrêter plus loin, là où la route me le permettait. Je me suis arrêtée et j’ai couru vers le corps; ce pauvre corps qui avait été renversé, encore chaud. Il n’avait rien demandé; personne ne le demande, à être renversé, surtout de nuit. 

J’en ai une boule dans la gorge. 

J’aurais aimé pouvoir le sauver. J’aurais aimé pouvoir être celle qui croiserait sa route et qui m’écarterait à temps, qui freinerait pour lui laisser le temps; le temps de s’en retourner, le temps de vivre encore. 

Au lieu de ça, je suis celle qui s’est arrêtée alors qu’il été déjà trop tard pour sa vie.

Je suis arrivée en courant, sachant qu’il était trop tard. Son corps chaud, encore, mais plus de vie. Je n’ai pas cherché à comprendre plus, il était 23h00, dans ces eaux-là. Je n’ai pas pleuré à ce moment-là, mais j’en ai une boule douloureuse dans la gorge désormais. J’en ai une boule douloureuse dans la gorge car je me dis que ca aurait pu être évité, qu’à l’heure qu’il est, celui qui roulait et qui l’a percuté aurait pu justement ne pas le percuter et à l’heure qu’il est, il serait ailleurs, de retour dans les bois, avec sa famille, ses petits, tout simplement en vie.

Ce soir, je me suis arrêté au bord de la route, après avoir vu un blaireau couché sur le même bord. Il a été renversé par une voiture – qui d’autre, en même temps? – qui roulait vite, un peu trop peut-être. Son corps chaud, je l’ai pris. Je ne suis pas allée bien loin, je voulais au moins que son corps soit ailleurs que sur la route, à la merci des voitures; alors je l’ai posé, jeté, dans l’herbe, un peu plus loin. Je ne sais pas si son cœur battait encore. Je me dis après coup que j’aurais pu voir s’il vivait encore, et en même temps, vu la position, je me dis qu’il aurait réagit un minimum quand je l’ai pris. Toute façon, ça n’aurait rien changé.

Si j’écrit ce soir, cette nuit même, vue l’heure qu’il est maintenant, c’est que j’en ai gros sur la patate de voir des corps d’animaux sans vie sur les bas côtés des routes. Je rêve d’un monde meilleurs, où les animaux pourraient traverser sans soucis de se faire écraser par des bolides de gens soit pressés soit absorbés dans leurs pensées; voir les deux en même temps.

Je ne cesse de me dire que si on aménageait toutes les routes – que ce soient celles de campagnes, de montagnes ou autres – de telles sortes que les animaux aient des passages de traverse comme on en voit fleurir sur certaines autoroutes, alors on limiterait les dégâts. Et si les conducteurs étaient plus vigilants, alors certaines morts pourraient être  évitées et des vies préservées. 

Avec des si, je referais le monde, je sais. Et certains diraient que les animaux n’ont qu’à pas traverser au moment où ils arrivent, eux, en voiture, et j’ai envie de dire à ces gens-là que ça n’exclut pas le fait de faire attention, d’avoir un peu de compassion pour ces animaux, car ils n’ont pas demandé, eux, à ce que des territoires entiers soient coupés par des routes, et j’ajouterai qu’ils pourraient imaginer ce qu’ils ressentiraient si c’était leur enfant à la place de l’animal, ou quelqu’un de leur famille, comment réagiraient-ils, dès lors? ne remueraient-ils pas terre et ciel pour que le danger diminue à cet endroit où la mort est venue? 

Je sais bien qu’on ne peut pas toujours tout éviter. Mais on peut s’y employer. Faire attention. Être plus vigilant. Respecter vraiment les limitations. Ne pas oublier qu’on n’est pas seul. Lancer des idées dans les communes pour créer des passerelles vertes pour le passage des animaux sauvages.

Je suis sûre qu’il y a des solutions. 

J’en ai marre de voir tous ces animaux tués sur les bords de routes, carcasses abandonnées parce que les gens ne se sont même pas arrêtés…

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3 commentaires sur « Un énième mort sur la route »

  1. Voilà un billet très touchant que tu nous offres, billet auquel on ne peut rester insensible. Oui, des chauffards inconscients et fuyards, il y en a hélas plein les routes et oui, les routes manquent cruellement d’aménagements pour éviter qu’un nombre de plus en plus croissant d’animaux sauvages ne périssent dans des douleurs atroces, dans l’indifférence la plus totale.

    Une vie est aussi précieuse que n’importe quelle autre vie. Où est l’humanité dans tout ça ? Je me le demande souvent. Merci pour ce beau partage, qui je l’espère, fera naître plus que la réflexion : qui engendrera l’action.

    Aimé par 2 people

    1. J’etais vraiment mal en rentrant et c’est pas la premiere fois que je vois un animal sur les bords de route sans que personne ne s’y arrete… ca me desespere de voir qu’ils y restent sans personne qui se soucie d’eux… j’aimerais tellement pouvoir aider a ce que des amenagements soient fait…

      Aimé par 1 personne

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